Sa mère s’est éteinte de chagrin et de dépit amoureux, son père a succombé à une maîtresse vengeresse. Une scène aussi forte et traumatisante que celles de Cris et chuchotements de Bergman. Secrets de tournage 4 anecdotes. L’incompréhension entre ces deux mondes prend un relief saisissant dans une Espagne franquiste et bourgeoise cloisonnée dans ses codes et ses interdits. Index des films chroniqués. Cet été là, les heures défilent et se confondent. Date de reprise 7 février 1h 52min.
| Nom: | cria cuervos |
| Format: | Fichier D’archive |
| Système d’exploitation: | Windows, Mac, Android, iOS |
| Licence: | Usage Personnel Seulement |
| Taille: | 32.36 MBytes |
Un jour, le père meurt dans les bras de sa maîtresse. L’incompréhension entre ces deux mondes prend un relief saisissant dans une Espagne franquiste et bourgeoise cloisonnée dans ses codes et ses interdits. Index des films chroniqués. Il filme ce qui demeure. Dans son premier long métrage, Los Golfos , le réalisateur décrit une jeunesse en perdition dans les quartiers miséreux de Madrid.
Il y a là leur père, militaire de carrière, leur tante qui les élève et leur grand-mère paralysée et mutique. Dans ce milieu étriqué, Ana étouffe.
Elle se réfugie dans ses rêves et ses souvenirs. Le film commence avec la mort du père militaire dans les bras de son amante. Atmosphère étouffante que ne supporte pas Ana, poussée par sa tante à aller embrasser le défunt.
Cría cuervos – la critique
Première rébellion… enfin première, pas si sûr. Car Ana a observé son père la nuit de sa mort, chevauché par une femme inconnue. Ce que cela signifie, nous ne le savons guère. Et il y en aura encore beaucoup dans ce croa prodigieux. Cet été là commence donc sur un drame familial que semble survoler Ana, fille rêveuse et silencieuse. Il se poursuit, interminable, répétitif. Le monde du dehors ne parvient que par bribes aux habitants de la maison des klaxons, des bruits de voiture. Cria Cuervos est un film profondément politique.
Au monde uniforme, unique dont rêvent les tyrans, Carlos Saura oppose les mondes. La vie reprend ses droits sur la mort. Un monde figé se remet en branle.
Cet été là, les heures défilent et se confondent. La vieille grand-mère est paralysée et mutique.
Cría cuervos (1976) de Carlos Saura
Mais cette dictature se fissure, et cet été-là, la vie vient briser cette logique mortifère. Il y a le plaisir des jeux. Passé, présent, futur, coexistent. Le film trouve son titre dans un proverbe espagnol: On sait que ce sont elles qui vont détruire ce monde des adultes qui les a engendrées mais dont elles ne sont pas la chair, pas les enfants.
Elles sont les enfants de la vie. Les trois générations de femmes ont leur chanson. Comme lorsque Rossellini filme Ingrid Bergman, comme Bergman avec toutes ses femmes…. Sous le régime dictatorial, Carlos Saura a toujours dû ruser avec les autorités. Dans son premier long métrage, Los Golfosle réalisateur décrit une jeunesse en perdition dans les quartiers miséreux de Madrid. Stress-es tres-tres est une critique acerbe de la bourgeoisie qui nous montre un couple aveugle à ce qui se passe autour de lui, enfermé dans son égoïsme, vidé de tous sentiments, frustrés.

Cria Cuervos poursuit dans cette veine métaphorique et symbolique. Ana a le pouvoir de voir, de ressentir la présence de sa mère, le fantôme de la république. Elles se déguisent en vierge Marie, en militaire et en bourgeoise.
Armée, religion, bourgeoisie, trois piliers du franquisme dont déjà, si petites, elles se moquent. Elles ont le pouvoir de réinventer leur histoire en se la réappropriant. Elles montent une pièce de théâtre où Ana joue le rôle de sa mère et Irene celui de leur père, recréant une dispute dont Ana fut témoin. Elle a des envies de meurtre.
Cría cuervos – la critique
Seule la mort peut entraîner le renouveau. Tout cela, Ana, comme tout enfant doit vivre avec. Dans Cria CuervosSaura filme la mort, mais surtout filme les traces de ce qui reste. Il filme ce qui demeure. Bref, il fait du cinéma, cet art incroyable qui a le pouvoir de toujours faire vivre au présent des images du passé. Comme le souvenir… ce qui reste, ce qui sort.
La mort est omniprésente dans le film. Elle emporte les membres de la famille, les animaux domestiques. Les enfants jouent à duervos pointer du doigt et à se tuer. Ils ont peur de la mort, ils en appellent à elle pour se venger. Une scène aussi forte et traumatisante que celles de Cris et chuchotements de Bergman. Pas une enfance idyllique, mais une enfance peuplée de peurs, hantée par la mort.
Des films qui débordent de cinéma.
Cria Cuervos est de ceux-là. Et une actrice qui embrase le tout. Un film qui travaille nos souvenirs, qui les fait remonter à la surface. Un film qui parle de notre enfance, de notre monde. Notre histoire à nous. Il y a sa magie incarnée.

